C'est l'heure du prouprou.

Episode 1 : American Horror Story, Glee, The New Normal

Quand y'en a plus, y'en a encore

Episode 2 : Dexter, Grey's Anatomy et Scandal

Episode 3 : Castle et 2 Broke Girls

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vendredi 17 août 2012

Boss - L'objet politique à travers la série : étude diachronique





La politique est un objet de préoccupation sur les chaînes câblées essentiellement. Sujet sérieux par excellence -hormis lorsqu'elle tombe dans la satyre comme Spin City ou plus récemment Veep - le format série n'est pas privilégié pour l'aborder. Toutefois depuis la fin des années quatre-vingt dix et grâce notamment à The West Wing, la série se politise, voire se transforme en vecteur contestataire - les créations de David Simon en sont les meilleures exemples : Treme s'attaque au gouvernement Bush, The Wire à la corruption à Baltimore et Generation Kill à la guerre en Irak. David Simon effectue toujours une étude from below, c'est à dire une analyse qui s'effectue par le bas, par ceux qui subissent les conséquences d'une dérive politique : flics, soldats, dealers, clochards, musiciens ou bien avocats sont les angles d'attaque des études sociétales de David Simon -méthode qui dans Treme atteint clairement son apogée en fricotant avec le talent des grandes fresques sociales de Zola.
D'autres moyens sont utilisés au sein des séries pour parler de la politique, comme l'information par exemple. Aussi ridicule et peu crédible que peut l'être l'image renvoyée par The Newsroom du monde journalistique, l'objectif a peine voilé d'Aaron Sorkin - créateur et showrunner de la série, à travers le traitement de l'information est la dénonciation politique : Tea Party, explosion de la plateforme off-shore au large de la Nouvelle Orleans, homophobie républicaine ou encore big brotherisation de la société, tout y passe, rien n'est épargné. Ce procédé possède les inconvénients de ses avantages : à vouloir faire franc et direct, le message perd en subtilité et réalisme, devenant une information choc et prémachée par les obsessions d'un auteur - ironique lorsque l'on sait que les intentions d'Aaron Sorkin avec The Newsroom reposent sur la volonté de dénoncer la désinformation progressive des médias ainsi que leur manque d'objectivité.
Enfin, il y a des séries comme Profit, The West Wing ou évidemment Boss, la plus grande réussite des nouveautés de l'année dernière, qui se focalisent sur les coulisses du pouvoir. C’est Boss qui nous intéresse particulièrement ici, vous l’aurez compris : nous voulons vous montrer qu’elle est différente, brillante au sein des séries brillantes. Le pouvoir, ses dérives, affres et conséquences, s’y font objets d'étude aux cotés de la politique : le sujet est alors envisagé de front, l'analyse et l'objectivité pouvant en souffrir au passage. Cet axe d'étude du politique impose ainsi dans de nombreux cas l’émergence d'un personnage phare, véritable figure de proue de la série et tenant majoritairement le rôle de leader ou celui de chef. 




La figure du chef



Le patron

Certaines séries ont pris le parti de mettre en scène un personnage fondamental ; elles sont nombreuses, et les séries « politiques » ne sont pas en reste. La personnalité, les ambitions, la vie de ce personnage sont alors étroitement liées aux événements que la série cherche à décrire, à tel point que l’objet politique peut s’effacer derrière un protagoniste trop imposant. The Tudors, qui brosse un portrait du règne d’Henri VIII, est un bon exemple : l’angle d’attaque se résume bien souvent aux affres du pénis de cet homme à femmes. Tom Kane, le maire de Chicago et héros de Boss, présente des similitudes avec ce personnage total par bien des aspects : l’accent est mis sur sa décadence, ses accès de folie, son obsédante mégalomanie. En revanche, le politique reste le sujet central de la série : il existe une parfaite imbrication entre Kane et son métier, puisqu’il a orchestré sa propre vie mais aussi celle de sa famille dans l’unique but de gouverner. Tout ce qui fait le personnage de Kane s’est bâti patiemment autour de la ville de Chicago. Ainsi peut-on dire qu’il constitue le chef politique par définition : le pouvoir l’habite, le consume et sa conservation dicte le moindre de ses actes. Partant, le moindre événement mineur remonte toujours à lui, d’autant qu’il domine, séduit et terrifie l’ensemble de ses administrés avec une force tenace : la « simple » description des coulisses d’un pouvoir municipal semble aussi riche d’enjeux que la mise au pas de tout un pays, chose bien inédite pour ceux d’entre nous qui ont déjà mis les pieds dans une mairie française…Le pouvoir tentaculaire de Tom Kane hypnotise immanquablement et Boss devient très vite un objet de fascination pour le spectateur, car des rouages d’une complexité remarquable sont mis en branle dans un scénario impeccablement maîtrisé, époustouflant de précision.

Son réseau
Si on a l’impression que rien ne pourra déloger le maire, ce roc, de sa position, il faut toutefois admettre qu’un véritable chef se doit d'avoir des alliés, des soutiens qui lui permettent de contrôler son entourage et tenir ses ouailles, ou, dans le cas de Boss, sa ville. Un cas d'école dans la description et l'importance d'un réseau dans la sphère politique se révèle dans The Wire où l'argent récolté par les dealers tombe en réalité dans les caisses des dirigeants policiers et politiques de la ville de Baltimore (rappelons d'ailleurs que c'est notamment ce point là qui a suscité le discours du Police Comissionner de Baltimore envers David Simon, comme quoi la série s'approche fortement de la réalité). Toutefois il faut préciser qu'au sein de ces tissus d'alliances nécessaires à la survie du pouvoir en place, il existe des différences notables de nature des relations.  Ainsi, une alliance peut s'avérer équitable, fondée sur un système de don - contre don mais elle peut aussi ne se révéler profitable que pour l'une des deux parties, engageant de facto un rapport de force. C’est par exemple le cas dans Magic City  lorsque Ike demande de l'aide à la mafia par l’intermédiaire de Ben Diamond : il s'engage à lui être redevable quasiment à vie.
Le réseau dont le fondement principal est la confiance peut être régulièrement remis en question par les manipulations et, évidemment, les trahisons. Du twist évidement au retournement de situation inattendu, les séries politiques usent voire abusent des trahisons et des personnages machiavéliques jusqu’à perdre, parfois, en efficacité et cohérence. Le réseau de Kane dans Boss couvre l'ensemble des thématiques précédemment citées sans pour autant perdre de sa force et de son unité. La trame scénaristique ciselée de la série met en évidence le réseau étendu de Kane - allant de ses ouvriers latino-américains de chantier à ses seconds en transitant par des journalistes -dont la cohésion est assurée par sa tête. Alors que la situation semble filer des mains du maire au fil de la saison, il lui suffit de tirer une ficelle pour que les autres suivent par un système d'alliances et de manipulations patiemment mis en place et qu'ainsi l'ensemble des manigances élaborées par ses détracteurs s'effondrent telles un château de cartes ; Kane apparaît alors comme omnipotent, voire omniscient, faisant basculer la série au-delà de la sphère politique, vers l'univers mafieux fascinant que la première saison nous révèle.


L'entourage 


Le personnage du chef politique ne fonctionne jamais seul, il est duel. Sur tous les pans de sa vie, public et privé, il existe un autre personnage qui lui fait écho, un autre personnage qui le complète ou le concurrence.

Les seconds 

Ainsi, le rôle du second est fondamental à toute série focalisée sur les coulisses du pouvoir. Ce dernier peut prendre la forme d’un conseiller comme Ezra Stone dans Boss, d’un homme de main ou d’un directeur de campagne, Eli Gold dans The Good Wife, par exemple. Incarnant tantôt la discrétion, tantôt le charisme débordant, ils sont à la fois garants du pouvoir, celui qui dépasse l’homme qu’ils secondent, et protecteur de l’homme auprès duquel ils ont prêté allégeance. Souvent cette ambivalence aboutit au sacrifice au nom de l'une des deux causes : ainsi Thomas More dans The Tudors préfère mourir au nom de sa conception du pouvoir en lieu et place de rester en vie en se pliant aux décisions de son roi Henri VIII. A contrario Eli Gold dans The Good Wife n’est loyal qu’envers Peter Florrick, il est prêt à toutes les manipulations et négociations, même auprès de la femme de son candidat, pour lui apporter le poste de gouverneur. Boss quant à elle fait dans l’intense et le sexy par le biais du personnage d’Ezra Stone, voire à moindre échelle celui de Kitty. Cette dernière incarne le second qui trahit au nom de l’opportunisme, celui qui fait défection au chef pour rejoindre la concurrence guidée notamment par la chair et les sentiments. Ezra quant à lui, sublime le rôle du second : il oscille au sein de la dichotomie pouvoir-chef. Il est à la fois fervent défenseur de son chef, Tom Kane, mais n’hésite pas effectuer tous les sacrifices nécessaires pour la préservation du pouvoir. En réalité, Ezra Stone incarne la clef d’interprétation du message de la créatrice sur Chicago : la puissance en cette ville ne s’incarne qu’en un homme, il use et incarne le pouvoir en soi. Servir le pouvoir, c’est servir l’homme et non l’inverse. Cette dénonciation à peine dissimulée de la tendance mafieuse du gouvernent municipal de Chicago représente le cœur de la dénonciation politique voulue par la créatrice Fahrad Safina.
(ci-dessous  le discours de fin de Ezra Stone qui révèle toute l’ambiguïté de son rôle)






Le concurrent



Cette élaboration d'un réseau est évidement nécessaire pour satisfaire le besoin de contrôle du personnage tenant le pouvoir mais se révèle aussi un très bon moyen pour lutter contre la conccurence. Souvent le traitement du concurrent politique manque de relief, comme cela peut l'être dans The Good Wife où l'utilité de Glenn Childs en tant qu'opposant à Peter Florrick s'apparente plus à du superfétatoire que du fondamental. Là où la plupart du temps les séries politiques utilisent le personnage du concurrent comme un faire valoir ou une simple épine dans le pied du personnage principal, Boss se distingue. Ben Zajac n'est pas seulement qu'un obstacle sur la route dévorante du pouvoir de Kane, il se révèle à la fois élu et disciple de ce dernier, outsider, jeune requin guidé par le pouvoir tout en se révélant dans les derniers épisodes comme un être dénué d'ambition traîné en réalité par sa femme sur le devant de la scène. La série a su par l'intermédiaire du personnage de Zajac se séparer du manichéisme habituel des série politiques où le concurrent n’apparaît que comme l'être à abattre face à un pouvoir tenu par un homme qui se doit d'être préservé.

Le conjoint



Quelques soient les séries sur les coulisses du pouvoir, le personnage principal possède un conjoint : Abbey Bartlet dans The West Wing, Bud Hammond dans Political Animals et bien évidemment, Meredith Kane dans Boss. Le rôle du conjoint, qui s’avère majoritairement une femme excepté dans Commander in Chief, soit permet la pénétration dans la sphère de l’intime du chef, écarté le plus possible du monde politique, soit prend part partiellement ou totalement  à la fonction de son époux. Le rôle le plus éculé est celui de la femme sourire, celle qui présente bien en toutes circonstances et qui sait prendre les coups des médias, les frasques de son mari et qui ne perd le masque de la femme parfaite qu’en de rares occasions. L’exemple de The Good Wife est évidemment la référence qui saute en premier lieu à l’esprit, Julianna Margulies incarne parfaitement la femme bafouée qui lutte pour son mariage même si la série sur le long de ses trois saisons a su développer habilement son personnage et la façonner toute en nuance. Meredith Kane dans Boss, la femme du maire, embrasse toutes les facettes de la « femme de ». Sourire de façade, prestation aux diners de charité et politique alors que le mariage n’est plus intime depuis des années et que les deux épousés ne se supportent plus. Toutefois, elle est plus que cela, elle se révèle aussi machiavélique, manipulatrice et assoiffée de pouvoir que son mari. Bien plus qu’une compagne et un visage, elle assure l’aspect culturel, la communication et les mondanités de la mairie de Chicago et ce avec des méthodes similaires mais totalement différentes dans la forme. Ainsi, si Tom Kane est le feu, Meredith serait la glace ; lors du pilot de la série deux scènes résonnent ensemble, celle où Tom Kane hurle sur le chef des ouvriers et celle où sa femme annonce avec froid, calme et puissance au directeur d’une école qu'il doit rectifier ses erreurs : les attentions sont similaires, les méthodes aussi, la manière diffère. En soi le conjoint de Boss représente bien plus que ceux d’autres séries, s’avérant à la fois un personnage à part entière mais surtout la moitié d’un binôme qui sans l’un ou l’autre péricliterait : les Kane assument tous deux les sacrifices qu’ils ont effectués et le feront encore et encore.

La dualité, thème récurrent dans Boss et d’autres séries politiques, se sublime dans la série car elle est omniprésente et plurielle : le personnage de Kane se trouve confronté à plusieurs figures fortes qui tout en s’opposant à lui, le complètent et renforcent encore plus sa puissance et sa fureur.


Le cas Homeland vs Boss


On le sait, on l’a dit, ça nous a fait râler pendant des semaines : il existe une véritable battle de popularité entre Boss et la dernière série star de Showtime: Homeland. Situons : à l’aube de la saison 2011-2012, qui a vu naître ce mythique blog, deux séries d’ordre politique étaient annoncées, Boss et Homeland. La première laissait à première vue tous les chats du coin complètement de marbre : diffusée sur Starz, dépourvue du moindre teaser et affublée d’une affiche peu convaincante, Boss ne brillait guère. La seconde, en revanche, était plus parlante : centrée autour d’un soldat revenu traumatisé de la guerre –thème cher à mon cœur fut un temps  et comptant Claire Danes, mon héros, au casting, Homeland était carrément sexy. Trois épisodes plus tard, pourtant, la dynamique s’était inversée et nous n’avons pas tardé à nous dresser contre l’ensemble de la critique pour affirmer que Homeland ne cassait pas trois pattes à une tortue mais que, par contre, elle nous brisait les nouilles. Maintenant que vous savez un peu mieux où on se pose, voici trois points de comparaison fondamentaux qui, je l’espère, vous feront pencher du bon côté de la force.

1) Terrorisme versus Mafia 

Acte I : Homeland et Boss diffèrent notamment par leurs thématiques centrales. L’objet de la première est tout imprégné de psychose post attentats du 11 septembre, puisque Nicholas Brody, protagoniste, a été séquestré par des talibans pendant plusieurs années avant d’être découvert par l’armée américaine et ramené au pays. La saison a pour pivot la question de l’attachement à la nation et celle des méthodes de guerre : la bombe en guise de pendentif, in or out ? Blague à part, ces thèmes-là sont très accrocheurs et ont rapidement su fédérer l’audience par leur côté a priori plutôt neuf. En revanche, Boss s’intéresse à un objet éculé : les tractations et déviances d’une politique corrompue, les rapports entre le pouvoir légitime et la mafia. Ainsi, tandis que l’on pouvait s’attendre à un traitement sérieux et efficace de la question terroriste dans Homeland, on s’est retrouvé comme un canard face à une analyse foutrement manichéenne et donc trop légère du sujet ; à l’inverse, Boss a su nous séduire, que dis-je, nous envoûter en apportant un regard intelligent et moderne sur tout ce qui a trait à la manipulation et aux malversations. Entonces, Boss : 1 – Homeland : 0.

2) Nicholas Brody versus Ezra Stone

Acte II : la gestion de l’ambivalence d’un personnage clé de l’intrigue. Voilà, il n’y a pas à tortiller, une bonne série politique s’agrémente de quelques personnages mystérieux, dont la véritable allégeance est sujette à caution. Gentil ou méchant ? Méchant ou gentil ? La question se pose sans détour pour Nicholas Brody : son séjour chez les talibans a-t-il été si forcé que ça ? A-t-il été retourné contre son propre pays ? Surtout, est-il revenu pour faire péter le Pentagone ? Bonne question, bonne question, mais réponse unilatéralement médiocre : quelques malheureux épisodes après le début de la saison, tout suspens s’envole quant aux véritables intentions du héros. Ce qui nous est proposé est, en termes d’honnêteté psychologique, tout bonnement inadmissible car bien trop simple : Homeland tombe là encore dans un manichéisme digne de Princesse Sarah. Chez Boss, au contraire, on nous propose Ezra Stone, le second de Tom Kane : est-il réellement fidèle ? Cautionne-t-il réellement les agissements discutables de son mentor ? La réponse est ici évidente, le retournement final attendu, mais brillamment exécuté. Non vraiment, Boss : 2 – Homeland : 0.

3) Schizophrénie versus Lewy 

Acte III : la crédibilité du protagoniste. Dans Homeland, Claire Danes joue Carrie Mathison, une jeune agent de la CIA atteinte bipolarité. Maladie sexy s’il en est, qui nous avait livré le formidable Billy Chenowith de Six Feet Under pour ne nommer que lui, la bipolarité peut permettre des merveilles scénaristiques. Elle peut façonner un personnage effrayant, instable, imprévisible, mais si vous avez lu ce qui précède, vous savez déjà que Carrie Mathison fait une bien piètre bipolaire. Je ne remets pas en cause les compétences de l’actrice, récompensée à juste titre pour son excellent travail, mais on lui a demandé de jouer une psychotique tristement évidente. Tout ce que fait Carrie Mathison est calculé en fonction du théorème « une personne cinglée agira toujours envers le bon sens », ce qui nous permet d’anticiper le moindre mouvement de cette pauvre Carrie. De plus, sa maladie revient très souvent sur le tapis de façon déplaisante, puisque les scénaristes l’utilisent comme catalyseur à tout va : « ah, le pot aux roses va être découvert ? mince alors, faisons faire une crise à Carrie »…De l'autre côté, Tom Kane est malade lui aussi : atteint de la maladie de Lewy, qui induit une très rapide dégénérescence cérébrale, il est tout aussi instable qu’un être bipolaire. A la différence toutefois du personnage de Claire Danes, qui utilise bien souvent son désordre psychique comme une baguette magique pour comprendre des choses, Tom Kane est l’esclave de son affliction : il perd ses mots, son calme, maîtrise moins son corps…Il peut basculer à tout moment et révéler son incapacité à la face du monde, perdant ainsi toute crédibilité et tout pouvoir : sa dégénérescence n’est pas un couteau suisse mais une épée de Damoclès.
Pour conclure cette étude de cas, je me permettrai de mentionner les scènes finales de ces deux séries : au ridicule d’un rebondissement digne de Sunset Beach dont nous accable Showtime répond une envolée poétique saisissante dans Boss, preuve s’il en est que la comparaison ne tient pas. Remballez vos goûts de hipsters, parce que Boss : 3 et Homeland : 0.


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Cet article a mérité sa fin : il nous aura à tout le moins permis de vous dire à quel point Boss nous a convaincu. La saison deux, qui débute ce soir, n’a pas intérêt à nous faire mentir…



W., ambiance rombière

N., un brin mégalo



mercredi 11 juillet 2012

Il fait beau aujourd'hui tu ne trouves pas ? Spécial on est des branques totalement à la bourre - Hé bien bilantez maintenant Part II










Chers lecteurs du mercredi, cette semaine la chronique hebdomadaire profite d'un retard supplémentaire de notre part : après un premier article faisant le bilan d'une moitié des séries que nous avons regardées, voici, à grands renforts de chats de cérémonie, le bilan de l'année 2011 / 2012, suite et fin. Traditionnel petit rappel concernant les prix que nous avons à disposition :
- le chat d'or
- le chat d'espoir
- le chat perplexe
- et last but not least le chat I wanna kill myself with a bullet right in my head coz it's so full of crap qu'on dirait Joséphine l'Ange gardien.

Si votre série favorite ne figure pas au classement, c'est que, par un grand mystère quantique, nous n'avons pas vu l'épisode de fin; si votre série favorite vous semble injustement qualifiée de daube infâme, n'hésitez pas à vous manifester cette fois encore.





I- Les Séries de Networks


Chat d'Or


Don't Trust the Bitch (ABC)


Vous cherchez de l'originalité, du sang frais et de la biatch ? Vous êtes à la bonne adresse. Malgré quelques clichés d'exagération ça et là, la série navigue en imposant son ton décalé et original : voisin fétichiste, voisine hystéro-amoureuse et autres montages video porno autour de la confection de confiture, la série va de surprise en surprise et se savoure sans modération. Un pouce d'or et un miaulement sexy pour l'épisode sur Tall Slut no Panties qui se révèle juste ENORMISSIME. Merci, merci de me réconcilier avec les sitcom cette année. 


Chat d'Espoir
Revenge (ABC)


Non, le placement de Revenge dans cette catégorie n'est pas une erreur...Pourtant, vous vous souvenez très certainement d'un article assassin présentant la série à la rentrée 2011, à grand renforts de comparaisons entre Madeleine Stowe et Lesley Anne Down...Mais que s'est-il passé? Eh bien, j'ai regardé consciencieusement la saison entière, avec l'objectif non dissimulé de pondre un "Ma TV va craquer" dantesque ; chaque épisode m'émerveillait par son ridicule et je me frottais un peu les mains en ricanant. Seulement au fur et à mesure, Revenge s'est transformée en véritable guilty pleasure dont il me tardait de voir la suite, car le ridicule de cette série est parfaitement assumé : partant, les grimaces de Madeleine Stowe, le jeu d'acteur inexistant d'Emily VanCamp et autres rebondissements improbables deviennent un plaisir sadique hebdomadaire. Une fois le cadre établi, c'est à dire que Revenge est une série nulle mais sans ambition donc c'est pas grave, on prend du recul et, avec un docte point de vue d'analyste, on réalise que cette série n'est ni plus ni moins qu'une réussite. Elle a accroché son public tout au long de la saison, s'améliorant même, et le dernier épisode, au-delà d'apporter une véritable conclusion à la tonne et demi de retournements de situations connus dans la saison, prend un parti un brin audacieux qui m'intéresse presque. Alors, si je n'irais pas jusqu'à véritablement "espérer" quoi que ce soit, je pense tout de même que la prochaine saison méritera d'être regardée. Youpi!


Scandal (ABC)


Dans le monde merveilleux de Shonda Rhimes, les gens sont beaux, immenses, pétés de tunes, sexy et tourmentés. En gros tellement ils sont parfaits, tellement ils ne méritent même pas 30 secondes d'onanisme. Scandal se trouve au croisement d'un show typique de la créatrice citée précedemment et une série quelque peu sérieuse. Le ton y est souvent maladroit et peu crédible mais la trame de fond s'avère plutôt efficace. Le problème de Shonda est toujours le même : lorsqu'elle fait du sérieux tout n'est pas convaincant. Toutefois, il y a ici quelques réussites, les personnages se dessinent progressivement et arrivent (parfois) à susciter notre intéret, on se prend au jeu et on attend une saison deux avec un peu d'impatience, le cliffhanger de fin et la théorie du complot qui sous tend les derniers épisodes de la série aidant. Bref, Olivia Pope n'est pas Addison Sheppard mais la talonne. 



Switched at Birth (ABC Family)


Cette nouveauté a un statut un peu particulier : elle est diffusée sur ABC Family et fait donc la part belle aux clichés et à la niaiserie, mais dans le même temps elle traite d'un sujet à la fois fascinant et novateur dans le monde télévisé. Je m'explique : Switched at Birth raconte l'histoire de deux familles qui vont être amenées à cohabiter car elles découvrent que leurs filles ont été...échangées à la naissance. Oui, c'est un soap, mais l'originalité vient d'un élément  au contraire très commun dans ce genre d'histoire : l'une des familles est très riche, tandis que l'autre se compose d'une mère célibataire qui vit dans un quartier difficile. Aussi, lorsque l'enfant est atteint d'une méningite à l'âge de 3 ans, sa mère n'a pas les moyens de la soigner et elle devient sourde. Du coup, Switched At Birth nous parle à la fois de la cohabitation entre des personnes socialement très différentes, de la recomposition délicate d'une grande famille véritablement mise à l'épreuve, mais nous fait également découvrir avec une grande vérité les us et coutumes de ceux qui n'entendent pas : leur fierté, leurs étonnantes aptitudes et évidemment leur propension au drama (c'est ABC Family, pas AMC). Le résultat est touchant mais aussi drôle et curieusement addictif, car si la série fait la part belle aux instants cul-cul, elle évite pas mal d'écueils en termes de sucre d'orge. A l'instar de toute une saison donc, le dernier épisode est très réussi et l'on espère que la série continuera sur cette lancée à la rentrée prochaine.



Chat Perplexe




Castle (ABC)


J'ai véritablement hésité avec cette fin de saison...J'ai même du mal à en parler tant je suis perplexe. Certes, ce que tout le monde attend depuis quatre ans s'est enfin produit et certes, Castle n'a rien perdu et ne perdra rien je pense de son charme, mais ALORS, QUELLE DEFERLANTE DE CUL-CUL MES AMIS! Vraiment, j'espère que le ton donné à ce final va vite être oublié, car j'aime encore que l'on revienne à des enquêtes hebdomadaires mignonnes. S'il vous plait, messieurs les scénaristes, ne détruisez pas Castle...


Grimm (NBC)


Instant confession : nous n'avons pas pu regarder la saison de Grimm en entier, déçus que nous étions de ce qui, pour nous, ressemblait à un massacre d'un pitch parfaitement honnête. Mais alors, me direz-vous, comment osez-vous la classer en fin d'année? C'est que nous avons en la personne d'une amie à la fois sublime et tenace une alliée de poids : manquant de s'étouffer parfois, outrée souvent, elle a suivi la saison et m'a brillamment fait un topo un soir d'ivresse. C'est la raison pour laquelle, ma mémoire étant plus que fidèle en toutes circonstances de même que mon égo, je peux vous dire que le final season est certes à la hauteur du manque d'ambition de l'ensemble de la série, mais laisse augurer -enfin- d'une évolution un peu courageuse pour l'année prochaine. D'ailleurs, comme la saison première de Supernatural était il faut bien le dire complètement pourrie jusqu'au dernier épisode, j'accorde le bénéfice du doute à Grimm qui à droit à ma perplexité. Voilà.


Suburgatory  (ABC)


Pilot peu engageant, pitch qui pourrait l'être : la série se propose d'analyser de manière exagérée et parodique la banlieue à travers le regard de deux new yorkais fraîchement débarqués. On remercie les personnages secondaires de Dallas et de Sheila sans qui la série manquerait profondément de substance. A regarder d'un oeil les soirs de déserts sériesques tellement l'ensemble est parsemé de cliché, le final season ne faisant pas exception.  



Chat  I wanna kill myself with a bullet right in my head coz it's so full of crap qu'on dirait Joséphine l'Ange gardien 





Bones (FOX) 


Voilà sept saisons que Bones nous a habitués au caractère atypique de son héroïne, au charme naturel de David Boreanaz, au côté très attachant de ses rôles secondaires. Lorsque j'ai commencé la série, je n'imaginais pas un jour lui refiler la pire récompense possible au pays des chats...mais malheureusement, Bones nous a aussi habitués ces dernières années à des cadavres toujours plus dégueulasses qui t'empêchent de manger devant la série alors que tout le monde mange devant Bones, à une incohérence phénoménale et surtout, à des final seasons de l'ordre de la quatrième dimension. Tout ce qui advient au cours d'un épisode de fin est toujours abracadabrant au dernier degré, c'est un peu leur marque de fabrique; mais cette fois-ci, désolée, la mayo ne prend pas, j'en ai eu marre. Les événements qui s'enchaînent n'ont vraiment ni queue ni tête, personne n'a envie de les voir se produire et en plus, les scénaristes ont décidé de nous gonfler avec une thématique religieuse toute pourrie. Je dis non.



II- Les séries des chaînes à péage


Chat d'Or


Girls (HBO) 


On sera court, un Dans l'oeil du chat suivra (article d'analyse complet pour ceux qui suivent pas), le nouveau bébé de HBO est un bijou qu'on se doit de regarder. Voilà.

House of Lies (HBO)


Voilà une nouveauté de 2011 qui a rempli son office, puisqu'elle arrive en bout de course avec un minou d'or dûment mérité alors que Whitney et consorts traîne encore dans la fange à l'heure actuelle. Petit rappel, House of Lies est une comédie d'HBO portant sur un sujet original : le rôle des consultants en management dans une entreprise et comment ces mecs-là sont prêts à tout pour gagner de l'argent en ne foutant absolument rien. Peu engageant, mais en réalité purement jouissif! Les péripéties pimentées de Marty Kaan et de son équipe trouvent ainsi une conclusion à la hauteur des ambitions de la série : cynisme de haute volée, rebondissements inattendus et serrements de coeur sont au programme. J'adhère et j'attends la saison deux comme le Messie.


Mad Men (AMC)


Bien sûr, il est difficile en quelques lignes de résumer un épisode de Mad Men et a fortiori toute une saison; je fais malheureusement partie de ces hipsters puristes qui portent au nu cette série et refusent limite d'en parler autour d'un café tant elle confère au divin. Ceci dit, je ne pouvais pas tolérer qu'elle soit laissée de côté au moment du bilan, surtout parce que le final season est terriblement intéressant à mes yeux. En deux mots, car je ne vais pas ici faire une rétrospective de cinq saisons de tourments du protagoniste, Don Draper est à nouveau confronté à son défaut le plus saillant, son incapacité à choisir : en effet, après une saison de "rédemption", d'insouciance, d'amour et d'eau fraîche (alors que je m'attendais à ce qu'il détruise tout très rapidement), il revient au point de départ. Ses peurs, ses angoisses se cristallisent dans une scène de fin à la fois épurée et intense, comme c'est la coutume dans Mad Men, qui me laisse dans une véritable expectative pour la saison prochaine. Et c'est sans compter sur la cinquantaine de raisons qui fait que j'ai passé douze épisodes à frôler l'hystérie, mais sans vous mentir, j'ai réellement un train à prendre alors je vous laisse à regrets; si je n'avais qu'un conseil à donner, ce serait de regarder Mad Men et de venir communier avec moi en buvant du gin. Voilà.


Chat d'Espoir


Nurse Jackie (SHO)


Déjà évoquée il y a peu, cette saison sur la désintoxication de Jackie est efficace malgré quelques imperfections (notamment la facilité avec laquelle elle résiste à la tentation des drogues). Le visionnage du dernier épisode pose, néanmoins, un problème : que va-t-il se passer la saison suivante ? La désintoxication achevée et les remises en questions des emplois effectuées, que reste-t-il à Nurse Jackie à exposer ? La série n'a-t-elle pas fait le tour   de ses thèmes ?  Nous verrons en mars prochain. 

Game of Thrones (HBO)


Une bien belle saison deux qui n’entraîne que frustration : la série nous délivre peu à peu sa trame et on ne peut être qu'impatient face à l'avenir des personnages. Toutefois, les arcs scénarisitques de Jon Snow, perdu dans la neige, et de la Khaleesi sentaint clairement le foin : WHERE ARE MY DRAGONS ! Oh, ta gueule. 
La saison qui était en perte de vitesse vers la mi saison a été clairement relevée par l'épisode BlackWater, achevée, rappelons le, par l'interprétation de The Nationals, nom de nom! Bref, encore et toujours à suivre.




Magic City (Starz)


L'avantage de cette nouvelle série c'est que vous pouvez mater même si vous ne comprenez rien et que le scénario vous fait chier. La série en chie pour prendre de l'ampleur et son envol, parfois elle manque même de crédibilité. On comprend les intentions du showrunner, dépeindre une famille à la tête d'un casino cependant on tombe rapidement dans le cul à outrance, et facilement on met en avant les perversions des hommes goinfrés de pouvoir. Il faudra attendre la saison 2 pour savoir si la série arrive à obtenir de la profondeur et des personnages un peu plus sensés.

vendredi 27 avril 2012

Critique Pilot : Magic City - Mafia à Sexyland

A ne pas confondre avec Dallas, s'il vous plait

Ça vaut son hôtel de passe à proximité de la gare SNCF
Récemment, nous avons reçu une bonne nouvelle : Starz, la chaîne choupi qui a enfanté Boss en début de saison, allait diffuser un nouveau drama intitulé Magic City.

L'action de Magic City se situe au 31 décembre 1958, à Miami : l'avenir du Miramar Plage, le complexe hôtelier le plus bling-bling du coin, est remis en question par de sérieuses manifestations de grévistes. Le propriétaire de l'hôtel, Ike Evans, est rapidement contraint de se tourner vers la mafia locale pour remédier à la situation : en ce soir de Saint Sylvestre, Frank Sinatra himself est attendu au Miramar et Ike ne peut pas se permettre d'avoir des dizaines de manifestants en colère aux portes de son hôtel.






Magic City est une série formidable pour tout un tas de raisons ; la première étant (désolée...) LA PAIRE DE BEAUX GOSSES qui jouent les rôles principaux, Jeffrey Dean Morgan et Steven Strait. Oui, oui, il y a John Winchester dans cette série.








Il y a aussi une paire de belles gosses, d'ailleurs. Pas de jaloux. 








Je me suis sentie obligée d'amorcer cette critique par ce point que d'aucuns considèreront trivial parce que les commentaires jusque là suscités par Magic City négligeaient bien trop le casting pour s'adonner à une comparaison avec ma bien-aimée Mad Men, alors que le casting est composé de gens très beaux qui jouent très bien. Mad Men, pour ceux qui ne connaissent pas, est un drama d'AMC consacré aux publicitaires des années 60, "quand les hommes étaient des hommes et que les femmes portaient des jupes". Rien d'engageant peut-être, mais Mad Men s'est révélée au cours de cinq saisons composer un tableau exceptionnel des sixties, porté avant tout par son protagoniste Don Draper, l' "ad man" le plus couru de Madison Avenue. Si les comparaisons entre Magic City et Mad Men vont bon train, c'est parce que les deux séries partagent la beauté de l'image, le cadre des années soixantes qui en fait rêver plus d'un mais surtout ce protagoniste fort : le mystérieux brun, très charismatique et séducteur, un self made man complètement intoxiqué à la cigarette et au whisky. Cependant, le parallèle doit s'arrêter là : Magic City se déroule à Miami, qui est un peu à New York ce que Cannes est à Paris et tout y est plus clinquant, plus coloré : les gens sont dévêtus, roulent en décapotable...la chaleur exacerbe les tensions, elle désinhibe et là où les personnages de Mad Men souffrent d'une cruelle absence de communication, les gens peuplant le Miramar Playa sont sanguins, imprévisibles. Magic City se pare ainsi d'une atmosphère dangereuse également inédite : le rôle de la pègre est suffisamment important pour que le générique et l'opening scene de la série s'en fassent l'écho, dévoilant un océan de cadavres sous le faste de la plage.


Enfin, la gestion du Miramar est réellement une affaire de famille : tous les proches d'Ike Evans ont un rôle et à jouer dans les affaires qui concernent directement l'hôtel tandis que leurs vies personnelles apportent d'autres enjeux. Le pilote visionné, il ne fait aucun doute que le scénario d'origine sera développé de maintes ramifications.
Preuve, s'il en fallait une, de la confiance que Starz place en Magic City, le pilote n'était pas diffusé qu'une seconde saison avait déjà été commandée. C'est certainement un excellent choix, car si Magic City requiert un petit temps d'adaptation -elle est un brin plus subtile que Scandal- elle reste une excellente découverte et ravira tous les amateurs de vintage et de mafia à sexy land.

W.

mercredi 9 novembre 2011

Critique Pilot - Boss : Who's your daddy now ?














Elephant ou Harvey Milk ça vous dit quelque chose ? Si, oui et que l'ensemble des poils de votre corps se dressent de plaisir rien qu'à l'annonce de ces derniers, je vous invite à vous asseoir et accepter la présentation du paradis que je vous offre (oui souvent j'envoie du rêve mais comme vous êtes sages, aujourd'hui, je vous balance du paradis).

La première impression que j'ai eu de Boss fut mauvaise et ce pour deux raisons : 

1. L'affiche :

Ça donne envie, hein ?



2. La chaîne qui la diffuse :





Rappellons la dernière production de la chaîne : Spartacus. Série qui m'a laissé plus que de marbre malgré le nombre de mecs et meufs à poils au millimètre carré.

La confusion entre les Orgies de Messaline et Spartacus Blood and Sand est souvent réalisée


Sans me pencher réellement sur le casting, le réalisateur ou le thème de la série, j'ai regardé le pilot, tel une prostituée qui va faire sa passe quotidienne. Et là bonheur, surprise, orgasme voire même  (oui, je suis une très bonne pute mais ce n'est en rien le sujet ici).

Le série gravite autour d'un personnage, Tom Krane, maire de Chicago - interprété par le grand Kelsey Grammer, héros éponyme de la cultissimme Frasier - qui vient d'être diagnostiqué atteint d'une maladie neurologique mortelle. Il décide de taire le diagnostic pour le bien de sa fonction, celle de "Boss" de Chicago ; car c'est bien du patron de Chicago dont il est question, un maire qui en réalité ressemble bien plus au parrain qu'à Estrosi. La référence à Richard Joseph Daley (ayant tenu la mairie de Chicago de 1955 à 1976) est ici à peine déguisée, étant considéré comme le dernier boss de Chicago. Le maire décide donc de passer sous silence son talon d’Achille pour rester le colosse qui gère d'une main de fer la ville.

Seul les gestes échappent et révèlent la maladie de Tom Krane


S'il préfère gérer sa condition en silence, c'est parce que la fonction le nécessite, il semble qu'aucune faiblesse ne soit tolérée. Boss n'épargne aucun aspect de la vie professionelle de Tom Krane et n'hésite pas à nous baigner, voire nous noyer, dans la corruption, la menace, le sexe et la violence tout en restant dans l'intelligence politique et le controle des alliés et de l'image.
Il serait ardu ici d'exposer l'ensemble du pilot tellement ces 60 minutes sont denses et puissantes.
L'image la plus probante serait de comparer la série à un univers, Chicago, dont le démiurge est Tom Krane et les personnages secondaires sont regroupables en catégories, alliés, opposants politiques ou encore les differentes communautés qui composent la ville, qui eux en seraient les sattellites. Tout est relié à Chicago et, par conséquent, à Krane, un vrai microcosme en somme. Description on ne peut plus scientifique mais qui ne fait que retranscrire la densité et la richesse de ce scénario.

Vous l'avez compris je suis dithyrambique.

Nombreux personnages secondaires - Ezra Stone, l'éminence grise de Tom Krane, notamment - nécessiteraient d'ors et déjà des articles à part entière. Je reviendrai évidemment à la fin de la première saison  sur ce qui pourrait se révéler au long terme une série digne de siéger au panthéon des séries aux cotés de The Wire, Treme, West Wing ou encore The Soprano.


Une scène clef de l'épisode et de la saison


L'aspect politique se mêle habilement à la vie personnelle du patron de Chicago et c'est sa relation avec sa femme qui s'empare, alors, des projecteurs. Sublime et glaciale, Connie Nielsen incarne Meredith Krane  ; l'épouse de Tom Krane se révèle être plus un titre qu'une réelle intime, Meredith assiste quand elle le doit son mari et semble être le visage assosiatif et culturel de la mairie. Si Tom Krane est le feu, Meredtih est la glace, tout aussi dangereux et puisssant mais à l'intensité inversée. Quoiqu'il en soit, les chambres sont séparées et les vies plus ou moins cloisonnées, toutefois, il ne faut pas douter que la maladie de Tom risque de tout remettre en question même si évidemment Meredith n'en sait rien. Maladie qui intervient aussi dans les relations entre Tom et sa fille. Quasi inexistantes depuis des années, elles réapparaissent durant ce pilot sous l'initiative du père mais je n'en dis pas plus, je ne veux en rien gacher les bonnes surprises que cachent cet épisode.

En plus elle est bonne


Enfin, je ne peux pas me permettre d'éluder la magistrale réalisation que Gus Van Sant nous propose ici.
Florissant de gros plans saisisants, de parallèles, de choix de couleurs percutants, cet épisode est un régal pour les yeux.

L'un des gros plans hypnotiques de Gus Van Sant

L'apogée de la série, visuelle ou émotionnelle, est atteinte durant deux scènes qui se font d'ailleurs écho : ces deux scènes illustrent la violence des deux personnages principaux de la série, Tom et Meredith Krane.


La violence allotropique de Boss


Je vous laisse savourer ces moments en ne vous dévoilant pas leurs intrigues.



Plus qu'une simple série sur le maire de Chicago, Boss se révèle être l'histoire d'une ville à l'image de series  comme Detroit 1-8-7, Treme ou  The Wire - le générique en est d'ailleurs la parfaite illustration. Toutefois Boss  n'oublie pas l'être humain, ses travers, ses anxietés, sa puissance et sa faiblesse. Farhad Safinia a crée une série dont on parlera encore pendant de nombreuses années si, évidemment, le reste de la saison arrive à suivre le niveau imposé par le pilot. Ouvrez vos yeux et apprêtez-vous à savourer un pilot que vous n'etes pas près d'oublier.

(en cadeau aujourd'hui le générique de la série)





N. pour vous servir.