vendredi 16 septembre 2011

The Vampire Diaries, un teen drama original

Stefan - Elena - Damon : le trio libidineux de The Vampire Diaries




S’il est certain que The Vampire Diaries ne court pas après la complexité et la profondeur, reste qu’il est bien difficile de résumer la série en quelques phrases. En effet, visionner la première saison, puis la seconde, provoque chez le spectateur un tel amalgame de douleur, de stupéfaction et d’hystérie que je serais bien en peine de produire une belle analyse, bien rangée, des thèmes principaux qui composent l’univers de ce feuilleton de grande qualité.
Ca a commencé comme souvent, par une phrase typique : « Non, mais tu devrais regarder, ce n’est pas mauvais en fait, et ça devient génial au fil des épisodes ». Même si j’ai quelques résistances dans ce domaine, généralement, quand l’un de mes amis –en qui j’avais confiance jusqu’alors- me conseille une série télé, je m’y colle et bien souvent, j’adhère à mon tour, mais cette fois-ci… 


Enfer et damnation. 


Qu’est-ce que c’est que cette daube ?! 


S’il faut commencer quelque part, c’est par une description que l’on voudrait cohérente et mesurée du scénario –mais au fond rien, dans The Vampire Diaries, n’est mesuré. Ca, on ne l’enlèvera pas à Julie Plec, la co-créatrice de la série et scénariste (que l’on aime bien quand même pour ses twits marrants). Enfin, c’est l’histoire de la belle Elena, lycéenne charmante dont les parents ont péri dans un triste accident de voiture auquel elle a survécu ; de son frère Jérémy, totalement dépourvu d’intérêt à l’instar de leur tante Jenna, doctorante en une discipline quelconque désormais chargée de veiller sur eux. Elena, Jérémy et Jenna vivent à Mystic Falls, bled insipide de Virginie mais où l’on trouve quand même le traditionnel lycée avec cheerleaders, footballeurs, casiers dans les couloirs et absence de cours. La belle / gentille / profonde Elena est dotée d’une meilleure amie prénommée Bonnie, qui conduit un super SUV américain et qui vit avec sa grand-mère ; Bonnie, sa famille, elle vient de Salem, ils se sont barrés à l’époque quand tout le monde a commencé à brûler autour d’eux. Jusque là…non, c’est déjà mortel, mais on a encore rien vu. 


C’est que le lycée de Mystic Falls accueille cette année un nouvel élève : Stefan Salvatore (oui, les mecs du casting n’ont jamais vu un italien). Le sexy, ténébreux, sourcilleux Stefan heurte Elena en allant faire un petit pipi au lycée et voilà : vous avez un pitch. Mais qui est ce mystérieux garçon, qui vit dans une immense baraque aux lourds rideaux en périphérie de Mystic Falls ? Pourquoi est-il fasciné par Elena ? Elle a beau être jolie et kiffer les cimetières, elle ne mérite pas tant de regards pénétrants…Et la Bonnie, c’est quoi, son problème ? Hummmmm…non, même en réfléchissant très fort, je ne vois pas où ce merveilleux scénario peut mener. Je vais certainement aller de surprise en surprise, hoqueter de peur à la fin du pilote et me morfondre entre juin et septembre, tant je serai imprégnée des dialogues saisissants et de la force du scénario. 


Mais non. 


Gâchons votre plaisir et SPOILONS cette intrigue à la force indicible : Stefan est un vampire vieux de 162 ans, qui retourne au lycée parce que la belle / gentille / profonde Elena est le sosie de Katherine, la vilaine vampire qui l’a transformé quand il n’était qu’un type de 19 ans sans prise aucune sur sa libido[1]. Mieux encore, Stefan possède un frère, Damon, âgé de 165 ans : eh bien Damon, c’est la version Angelus de Stefan[2], tout simplement. C’est le vampire qui profite de sa vie –oui–  sans se soucier de rien ni de personne et prend un plaisir inégalé à pomper l’air de son frère. La situation est simple : Damon et Stefan étaient tous les deux in love de Katherine la vampire, il n’y pas de raison donc pour qu’ils ne soient pas tous les deux fous d’Elena, la belle / gentille / profonde Elena. Rivalité, triangle amoureux, horde de groupies hystériques se rangeant en faction derrière Damon ou Stefan et fabriquant des poupées vaudou à l’effigie d’Elena…Mais quel départ de folie ! On pourrait penser à l’instar de Marjolaine Boutet que les épisodes passant, les scénaristes s’achètent une motivation et que quelque chose d’INATTENDU va enfin se produire. 


Marjolaine Boutet, l'historienne des séries télévisées américaines en France


Or ce n’est absolument pas le cas : on enchaîne topos sur topos, on empile la niaiserie sur la banalité et on rajoute une couche d’incohérence. Car nous vivons tout de même une époque où les vampires font l’objet d’une fascination renouvelée, ce dont on pourrait discuter quelques heures –mais du coup, on a quand même droit à des perles comme True Blood– et on dirait bien que les gens se sentent le droit de revisiter la mythologie du genre dans tous les sens. Je suis loin de faire partie d’un groupe de rolistes pointilleux, et je n’ai pas de longues conversations au clair de lune pour déterminer si oui ou non, les vampires peuvent avoir une érection…mais une allergie à la VERVEINE ? Franchement, j’ai passé au moins une heure sur Google après avoir vu ça : non mais ça ne peut pas être ça, « vervain » ça veut dire quelque chose d’autre…non mais alors, c’est une autre verveine, pas celle qui j’ai dans mon placard et qui me vient de ma mamie…eh, galère. Si. A Mystic Falls, frotte la joue d’un vampire avec de la verveine, et il fait une syncope…Je me permets ici de vous offrir un bref extrait, hautement représentatif de cette série, d’un dialogue entre Stefan et Damon : 




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Moi, à cet instant là, j’ai craché ma gorgée de thé et…facepalm. Que dire ? Evidemment, Bonnie devient une sorcière accomplie qui sauve la petite bande à chaque fois que Damon ou Stefan n’y arrive pas. Si cela vous semble affligeant, c’est que vous sous-estimez les barres de rire que l’on peut se faire en voyant grandir le pouvoir de la jeune fille…






Très rapidement, Stefan et Elena sortent ensemble tandis que le vilain Damon les regarde jalousement (là, c’est le moment où il vous faut décider dans quelle camp vous êtes : E/S ou E/D ?). Ce beau triangle amoureux, qui permet au show des campagnes publicitaires assez sexy, n’est pourtant pas assez complexe pour une série d’une telle qualité scénaristique. Alors Katherine revient d’entre les morts pour tourmenter tout le monde, offrant également à Nina Dobrev la possibilité de jouer autre chose qu’une lycéenne (même si bien souvent, la différence est minime). Et là c’est la débandade : les amis d’Elena se font transformer en vampires, des loups-garous se pointent, des vampires très, très vieux se pointent ; Stefan devient méchant, Damon devient gentil…


Tout ça, c’est simple comme Twilight : ça fait rêver la lycéenne. D’ailleurs à l’époque, quand je faisais partie du clan qui disait « Non mais je ne risque pas de regarder cette série pourrie », j’ai appris un truc hautement intéressant : The Vampire Diaries est l’adaptation d’une série de romans[3] parue pour la première fois en 1991. Vu sous cet angle, les similarités avec l’intrigue de Twilight me font rigoler…on dirait que Stephanie Meyer a puisé son « inspiration » quelque part…Et les vampires de Mystic Falls ont la décence de ne pas briller au soleil, ils ont simplement des bagues enchantées pour pouvoir aller au lycée. Ahem.


Toujours est-il que cette série, comme les susdits films, connait un succès époustouflant, ce qui me laisse perplexe quand à la valeur intrinsèque du genre humain : pourquoi financer ce genre de cliché épouvantable du teen drama, quand il existe des séries de grande qualité qui se font dégager ? United States of Tara, Detroit 1-8-7, je pleure pour vous…


Donc mon opinion : cette série ne présente aucun intérêt scénaristique, elle a une esthétique banale, une B.O. similaire à celle de toutes les séries de la CW, un rythme archi-classique et des dialogues artificiels. Pire encore, en voulant se parer d’originalité, The Vampire Diaries saute à pieds joints sur la mythologie des vampires : cela donne des résultats abracadabrants, à mille lieux de l’effet recherché et bien souvent comiques. 


Alors, si on me demande pourquoi je vais me taper la saison trois à la rentrée : 


Parce qu’Ian Somerhalder est juste sublime.   




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W.




[1] Je vous l’annonce carrément, quand j’aurais 162 ans, je ne risque pas de retourner au lycée : je serai présidente des Etats-Unis et j’aurai un harem, voilà tout.
[2] Et je peux vous assurer qu’ici, la comparaison avec Buffy contre les vampires s’arrêtera LA.
[3] Le Journal d’un  vampire de L.J. Smith

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